Decarbonization

BIM World 2026 : retour de visite du salon, les avancées des solutions logicielles, le rôle de l’IA et les enseignements

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Delphine Desgurse
April 13, 2026
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Un salon en pleine densification

260 exposants. Autodesk, Nemetschek, Dassault Systèmes, Graitec, Vinci Énergies, Equans, SpinalCom, CARL Software, Once For All, une soixantaine de startups dans le Village Construction Tech. BIM World 2026 confirme l'élan d'une filière en transformation accélérée, articulée autour des grandes thématiques : BIM, Jumeaux Numériques, Data, IA, Décarbonation, Énergies, transformation des Villes et Territoires.

Ce qui m'a frappée cette année : le BIM n'est plus qu’un outil de coordination. C'est une infrastructure de données projet, qui s'étend désormais de la conception à l'exploitation, intégrant planning, coûts, et à présent performance environnementale et notamment carbone comme variable de pilotage à part entière.

Si les plateformes BIM et leurs écosystèmes se renforcent, force est de constater du moins au Luxembourg ou en Belgique, que les cas d'usage restent concentrés sur les grands projets d’infrastructures, tertiaires voire d’aménagements urbains portés par des entreprises générales capables de maintenir un modèle à jour. Pour les projets de moindre envergure, les ruptures restent profondes : BIM absent en avant-projet, réduit sur les usages structurels en phase exécution, coûteux à maintenir en exécution, BIM as-built reconstitué à la livraison, rarement exploitable par les facility managers.

Mais de nouvelles évolutions des plateformes qui facilitent les modélisations et simulations en avant projet et l’adoption de l’IA en design génératif devraient rendre le BIM beaucoup plus accessible et efficient même sur des projets logement ou de moindre envergure.

La conception amont s'enrichit d’une capacité de simulations carbone, coûts, structures

Le principal frein à l'intégration carbone en phase esquisse est connu : les architectes travaillent en CAD pour garder l'agilité des variantes, et sous-traitent la modélisation BIM en phase détaillée. Résultat : l'ACV arrive tard, quand les choix structurels sont déjà trop avancés , longs et coûteux à réviser quand on ne maîtrise pas la conception bas carbone.

Des solutions existent aujourd'hui sans BIM pour déclencher le réflexe carbone dès l'esquisse.

• Time to Beem est l'outil le plus accessible. La plateforme propose des simulations instantanées pour tester les variantes de structures, façades et visualiser les gains carbone en direct, à partir d'une simple description morphologique. Son module Beem Shot extrait automatiquement les quantitatifs de la maquette BIM dès qu'elle est disponible, et génère l'estimation carbone par lots RE2020, avec un viewer 3D intégré. (Source : timetobeem.com)

• OneClick LCA, leader mondial de l'ACV avec plus de 500 000 données vérifiées dans 170 pays, propose Carbon Designer 3D pour une pré-conception décarbonée accessible aux architectes et promoteurs dès la phase de faisabilité. Sur base d’une maquette CAD des simulations de performance carbone sont réalisées pour orienter les choix de design et structure. OneclickLCA réalise ensuite au fur et à mesure des précisions apportées sur les structures, via un modèle BIM ou des fichiers matériaux dédiés les ACV réglementaires et les certifications (LEED, BREEAM,RE2020, BBCA). (Source : oneclicklca.com)

• Plus spécifiquement basé sur la RE2020, Carbonz (groupe Trace) est un exemple de logiciel national dédié fournissant de l’avant-projet aux dossiers d’exécution, intégrant nativement les modèles BIM, l’automatisation des ACV complètes au fur et à mesure de ses évolutions en conformité RE2020, avec un moteur IA d'association matériaux et une gestion de variantes intégrant aussi le calcul ACV des installations électriques et photovoltaïques via Elec-Calc. (Source : info.carbonz.net /Le Moniteur, juin 2025)

• AutodeskForma (ex-Spacemaker) est d'une autre nature : ce n'est pas un outil ACV, c'est une plateforme de design génératif qui a intégré la variable carbone . Historiquement elle génère automatiquement plusieurs options de masse et de circulation sur une parcelle, les évalue en termes réglementaires, ensoleillement, bruit, vent et de potentiel programmatique. Désormais à l’échelle de chaque bâtiment un design de masse précis peut être établi en fournissant l’évaluation du carbone incorporé associé. De multiples scénarios structurels peuvent être évalués, permettant de simuler et contrôler les objectifs carbone à l’échelle d’un projet et d’aménagement complet. Son moteur de calcul carbone est développé en partenariat avec EHDD et son modèle C.Scale, entraîné sur des données de bâtiments réels anglosaxons mais l’intégration avec Carbon Designer en fonction des méthodologies suivies (Source : Autodesk University 2024 — "FromConcept to Carbon ).

Pour compléter les simulations de performance carbone, pouvoir y mettre un prix en face est essentiel pour assurer les arbitrages au bon moment.

• OnceFor All digitalise les appels d'offres avec intégration de la compliance RSE et du calcul d'impact carbone à la sélection des matériaux.

• Il intègre BULQ IA qui analyse les réponses à appels d'offres pour accélérer les analyses tout en constituant une base de données des prix matériaux. Il redonne aux promoteurs et entreprises générales la maîtrise de leurs données prix qui peuvent ainsi être utilisées en amont pour évaluer les différentiels potentiels de coûts entre différents scénarios carbone envisagés.

Mais l'apport des logiciels de simulation ne s'arrête pas au carbone des matériaux.

• Graitec développe ses capacités de modélisation structurelle pour des structures allégées, réduisant la quantité de matière et donc l'empreinte carbone à la source. Graitec travaille en particulier sur la modélisation des  modes constructifs industrialisés, hors site, préfabrication, construction modulaire, constituant l'un des leviers les plus efficaces de la construction bas carbone

• La suite ArchiWizard reste la référence pour les études thermodynamiques en  rénovation, un marché en forte croissance.

Le jumeau numérique d'exploitation : un foisonnement de solutions, l'IA comme clé de rentabilité

C'est le sujet le plus ambitieux et le plus complexe du salon. Les solutions de BIM-GEM (Gestion, Exploitation, Maintenance) veulent prolonger la maquette de conception en jumeau numérique opérationnel. Des conférences dédiées ont illustré la continuité numérique du BIM vers la GMAO, avec des retours d'expérience de collectivités et d'établissements publics.

Deux approches s'affrontent sur le marché. SpinalCom part des techniques du bâtiment : son Building Operating System (BOS) agrège les données GTB, IoT, les connecte à la maquette numérique pour créer le jumeau opérationnel depuis les flux de données réels. Un cas concret de déploiement complet sur les bâtiments de la SEML Route des Lasers, en partenariat avec Nobatek et Eiffage Énergie Systèmes, documente l'interconnexion entre BOS, GTB,GMAO et modules IA de maintenance prédictive. (Source : blog.nobatek.com,2024)

Autodesk Tandem part de la maquette conception : en prolongeant le modèle BIM d'exécution en BIM as-built, il génère un jumeau numérique interfacé avec les techniques du bâtiment, à condition que celles-ci aient été correctement nommées et référencées dans le modèle.

La réalité terrain reste difficile. Le BIM GEM centralise l'ensemble des données du bâtiment , maquette, équipements, fonctionnement, dans une seule plateforme. Mais cette centralisation suppose une structuration rigoureuse des données dès la phase de conception, et une convention de nommage partagée entre le modèle BIM et les automates de la GTB. Le jumeau numérique ne se branche pas en fin de projet sans des services techniques et les gestionnaires mobilisés pour en exploiter le potentiel. Il s'anticipe dès la commande, avec une expression de besoins précise du propriétaire et de son gestionnaire.

Ce qui va changer la donne : l'IA comme agent autonome de pilotage. Les solutions d'energy management IA ont fait leurs preuves sur les grands actifs. Une conférence dédiée à BIM World 2026 amis en exergue le potentiel d'intégration d'automatismes plus larges sur les techniques du bâtiment, et surtout à l’échelle des infrastructures de la ville. Des acteurs comme Vectoriel AKILA3D illustrent cette IA appliquée à la gestion des tâches d'exploitation.

Le retour sur investissement des jumeaux numériques pourrait ainsi devenir beaucoup plus rapides mais nécessite une modification des rôles, repositionnant notamment le rôle des mainteneur et des facility managers, une nouvelle répartition des coûts d’exploitation qui doit donc être anticipée par le promoteur  C'est un changement de gouvernance de projet, pas qu’un outil à déployer.

Énergie et autoconsommation : les bonnes briques, les modèles économiques manquants

Indépendamment des modèles BIM mais porteurs d’exigences en termes de digitalisation du bâtiment, notons la présence des solutions dédiées à la mise en œuvre de solutions photovoltaïques.

Urban-Think Platform, multi-primée, croise open data territorial, données cadastrales, ensoleillement et données de consommation (en partenariat avec Enedis en France) pour modéliser les potentiels énergétiques à l'échelle de l'aménagement urbain et du bâtiment en proposant un calcul de rentabilité photovoltaïque intégré.

Le courant continu s’annonce comme levier d’efficience : Equans et Vinci Énergies, qui a créé l'entité BacktoDC, suppriment les convertisseurs entre production photovoltaïque et usage direct, économisant jusqu'à 20% d'électricité. En 2028, les bornes de recharge seront bidirectionnelles selon les normes européennes : les véhicules électriques deviennent des unités de stockage et de redistribution.

La technologie est là. Les modèles économiques, eux, restent à construire. Qui porte l'investissement ? Qui perçoit les revenus de flexibilité ? Comment structurer une communauté d'énergie renouvelable à l'échelle d'un immeuble de bureaux ou d'un centre commercial ?

BIM et IA générative : la révolution discrète qui change les rapports de force

On lit partout des articles sur "la fin des architectes avec l'IA". Sur le salon, la réalité est plus nuancée et plus stratégique.

L'annonce majeure vient d'Autodesk. À l'Autodesk University 2025, Andrew Anagnost a dévoilé en démonstration live le Neural CAD : des modèles génératifs 3D entraînés sur des données de conception professionnelle, capables d'automatiser 80 à 90% des tâches répétitives. Appliqué au bâtiment via Forma Building Design, l'objectif est de générer un modèle BIM Revit exploitable directement depuis une maquette CAD, le logiciel complétant automatiquement les relations spatiales propres aux systèmes constructifs. (Source : AEC Magazine, décembre 2025 —"Autodesk shows its AI hand")

Higharc va encore plus loin, convertissant un croquis 2D en maquette BIM 3D complète avec estimatifs en langage naturel, en quelques secondes. (Source : AEC Magazine, novembre 2025 —"Driving AI design upstream")

La fusion BIM + IA générative n'est pas la fin des architectes. Au contraire, il rend le BIM beaucoup plus accessible puisqu’il découle de son travail de design.  Par contre la nature du travail va changer : elle élimine les tâches répétitives , le temps de formalisation des itérations, de réajustement de programmes/plans, elle démultiplie son rôle essentiel de génération de scénarios, d’agrégation, d’arbitrages techniques, architecturaux, réglementaires en démultipliant la capacité de modélisation de variantes qu’ils doivent embrasser en pleine collaboration avec les bureaux d’études. Leur modèle économique va également devoir évoluer.

Ce que BIM World 2026 confirme : un repositionnement des rôles à anticiper

La donnée carbone, intégrée dès la conception via le BIM et l'IA générative, redistribue les cartes entre architectes, ingénieurs et promoteurs. Celui qui modélise en premier arbitre. En exploitation, l'IA prend le contrôle des automatismes du bâtiment, energy management, maintenance prédictive, et redéfinit potentiellement le rôle des facility managers.

Chez korr, une de nos missions au Luxembourg et en Belgique est précisément d'accompagner ces transitions vers l’immoblier durable bas carbone :

• Architectes, bureaux d’études : adopter les bons outils de modélisation pour se positionner en force sur l'immobilier durable.

Maîtres d'ouvrage : rationaliser les études amont, rendre le BIM accessible et rentable dès l'avant-projet.

Maîtres d’œuvres : s’emparer des outils digitaux qui facilitent la mise en œuvre des solutions constructives bas carbone et la qualité des chantier.

• Gestionnaires d'actifs : construire les modèles économiques de l'autoconsommation énergétique et du jumeau numérique d'exploitation.

La transformation numérique accélère. La rentabilité durable est à portée, à condition de ne pas séparer la technique de l'organisation qui doit la faire vivre.

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